mercredi 15 janvier 2020

Aires de Marcus Malte


"Aires" ( d'autoroutes ...pas celles des problèmes de CM2 !) a un petit côté "La vie mode d'emploi"  sauf que Marcus Malte, au lieu de s'intéresser aux habitants d'un immeuble  comme Georges Perec, pointe son regard acéré sur une autre concentration d'humains, celle enfermée dans une boîte métallique sur roues et crachant des particules fines, un week-end d'août. Dans un chassé-croisé ( de vacanciers) sur ces chemins payants à 2 ou 3 voies menant vers la mer ou moins réjouissant, vers un domicile au Nord du pays, le roman va s'embarquer dans quelques uns de ces véhicules auprès de passagers dont nous allons prendre l'histoire en cours, écoutant les conversations lorsqu'ils sont plusieurs, pénétrant dans leurs pensées lorsqu'ils conduisent en solitaire.
Roman choral donc, classique pourrait-on dire, sauf que... nous avons Marcus Malte au volant et ça change tout ! Sur presque 500 pages, nous allons en voir, en lire, de toutes les couleurs, de toutes les formes. Petit conseil de départ ; ne vous laissez pas impressionner par l'ébouriffant prologue qui ouvre le livre, où cette invention d'un vocabulaire post moderne, tout à fait réjouissante pour certains,  peut rebuter un lecteur moins joueur ou curieux.
Pour la suite, il va quand même falloir être joueur, accepter un roman qui va passer du récit de vie au dialogue, de la liste de dépenses au poème, le tout avec une multitude de personnages ( moins que chez Perec) dont on ne voit pas toujours ce qui va  bien pouvoir les réunir. Cependant, aucune inquiétude, l'auteur fait des miracles avec son écriture. Sa mise en place demeure un modèle du genre et d'inspiration. Ses personnages choisis sont tellement forts, puissants, formidablement plantés, que jamais on ne les perd de vue. L'attention qu'il leur porte, les récits qu'il nous en fait nous accroche d'emblée et lui permet de dresser une synthèse de nos vies de français, riches ou pauvres, homme ou femme, jeunes ou vieux avec une telle acuité que tout un chacun peut se reconnaître au fil de cette odyssée. Le verbe est précis et cash, pointant brillamment toutes nos contradictions, nos défaillances,  nos courages comme de nos lâchetés, nos erreurs comme nos horreurs. Ce pourrait être terrible mais ça ne l'est jamais complètement, car l'auteur aime ses personnages et surtout, il parsème son texte d'un humour constant, jouant beaucoup avec les mots, plaçant partout des remarques judicieuses et drôles.
On dit le roman français nombriliste, sans saveur réelle, manquant de souffle ... Mouais, c'est en partie vrai, mais lisez Marcus Malte et vous verrez qu'il existe encore des romanciers inspirés, talentueux, qui ont un regard percutant sur nos sociétés, qui le disent haut et fort et TRES BIEN !

2 commentaires:

  1. U7n auteur qui est loin de me laisser indifférente

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  2. Bonsoir Pierre D., j'avais beaucoup apprécié le roman précédent de Marcus Malte, Le garçon. Je note celui-ci. Merci pour le conseil. Bonne soirée.

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La troisième guerre de Giovanni Aloi

 Faire un film sur ces hommes que nous voyons déambuler dans nos villes engoncés dans une tenue qui rappelle quelque cuirasse d'antiques...