dimanche 23 mai 2021

Slalom de Charlène Favier


"Slalom" en évitant pas mal de fautes de carres va-t-il tout schuss vers le succès ?  Succès critique sans doute, car c'est un premier film plutôt gonflé et maîtrisé. Public ? On peut l'espérer. Ce slalom plus psychologique que sportif d'une apprentie skieuse face à la découverte de son corps, de la vie et des rapports humains ( notamment avec son entraîneur), à l'ère de Meetoo, en a les qualités. 
Le film de Charlène Favier aborde le sujet hautement d'actualité du harcèlement dans le milieu du sport avec une finesse et un tact infinis. L'histoire est vue selon le regard de Liz, l'adolescente en passe de devenir une vraie championne. Et dans ce regard règne l'ambiguïté. Isolée de sa famille, confinée dans les espaces d'habitation étroits des stations de ski, livrée à elle même face à des adultes qui scrutent son corps d'athlète, corps qu'elle apprivoise autant qu'elle le découvre, Liz avance comme elle peut. Evidemment, cet apprentissage passe par son entraîneur, figure paternelle autant que mentor, qui va prendre inconsciemment une figure érotique. Mais la découverte de l'amour physique de façon violente, avec un adulte qui dépasse les limites, va brutalement mais lentement lui ouvrir les yeux autant qu'elle va s'enfoncer dans le silence de celles qui n'osent pas parler. 
Sur le plan psychologique, "Slalom", en ne jugeant jamais les personnages, laissant ainsi voir que la réalité n'est ni vraiment noire, ni vraiment blanche, plutôt gris foncé, réussit son pari d'aborder ce sujet particulièrement sensible avec finesse et sans aucun manichéisme. Du coup cela gomme un peu le manque d'enthousiasme du traitement de l'aspect sportif de cette histoire. Si Noée Abita est parfaite en jeune fille perturbée par cette entrée pour le moins dure dans la vie, on ne la sent jamais future championne. Aucune gagne dans son regard triste, aucune détermination non plus, juste le même malaise, la même moue boudeuse qu'un filmage quasi systématiquement en gros plan n'arrange pas ( Décidément, c'est tendance cette caméra collée aux visages des acteurs chez nos primo-réalisateurs !). 
Tel qu'il est "Slalom" n'est pas que le film idéal à montrer dans les centres d'entraînement de tous nos jeunes sportifs ( même si ceux-ci risquent de trouver leur représentation un peu légère) , mais les premiers pas d'une réalisatrice sensible qui a des choses à dire et qu'il sera intéressant de retrouver. 




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