jeudi 22 juillet 2021

Un jour ce sera vide de Hugo Linderberg


 Trois questions sur le prix Livre Inter 2021

Alors, il est comment cette année le prix du Livre Inter ? 

Vous avez peut être souvenir de prix du Livre Inter un peu déroutants ( "Supplément à la vie de Barbara Loden de Nathalie Léger" en 2012) ou vite oubliés car assez quelconques ( "Sombres dimanches" de Alice Zeniter en 2013) et depuis vous regardez ce prix avec un oeil critique pensant que les auditeurs/lecteurs de la radio française la plus écoutée ne sont en fait que d'abominables bobos intellos. Pourtant ces dernières années, la pioche des jurés fut vraiment très bonne avec Emmanuelle Bayamack-Tam  en 2019 et Anne Pauly  en 2020. Cette année, et dans un genre encore très différent, reconnaissons que  le choix est encore très bon et que ce serait étonnant, si vous n'êtes pas des fans absolus de la soupe Grimaldi ou Valognes, que vous soyez déçus. 

Franchement, les méduses en couverture, quelle horreur ! Ça ne parle vraiment que de méduses ? 

Si le roman débute effectivement par un garçon de 10 ans jouant avec une méduse échouée sur une plage normande, et si cet animal marin, repoussant pour beaucoup, occupe une fonction importante dans la rencontre du narrateur avec un autre garçon de son âge, leur présence en couverture n'est due qu'à leur grâce ondulante, quelque part la symbolique marine de l'état d'âme du petit garçon qui livre ses sentiments piquants de naïveté et d'interrogations torturées. 

Encore un roman où l'on ne va pas beaucoup rire ?

Effectivement, nous ne sommes pas chez Emmanuelle Bayamack-Tam dont le "Arcadie" nous a fait bien rire, mais "Un jour ce sera vide" ( avec un titre pareil, il n'y a aucune tromperie sur la marchandise) va plutôt nous plonger dans le monde de l'enfance, une enfance solitaire, d'un orphelin juif, élevé par sa grand-mère, et vivant chichement. On y trouvera magnifiquement écrit, et sans qu'une seconde on ne pense à l'adulte qui prend la plume mais bien à cet enfant torturé par la honte, le mal-être et le sentiment de faiblesse qui l'étreint. Cette plongée dans les pensées de ce jeune garçon nous fait revivre ce que tout un chacun à pu ressentir en lui dans ces années d'apprentissage de la vie, sans doute pas tout à la fois ( car le pauvre garçon cumule un peu), mais certainement cette façon que l'on a enfant d'exagérer le monde autour de soi, de le ressentir plus sombre, plus monstrueux, plus inquiétant qu'il ne l'est. C'est également un roman qui nous parle subtilement de genre, d'un petit garçon qui sent bien que les codes de la virilité lui échappent et aussi d'une amitié qui déjà frise la sensualité.  Ce roman possède la beauté de la tristesse des gens trop sensibles et ne laissera personne indifférent surtout si comme le narrateur, vous avez connu cet ennui si typique de cette période que résume cette simple phrase : " Devant moi s'étalent les rares jouets avec lesquels je tente parfois de faire avancer le temps." 



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