jeudi 15 juillet 2021

Titane de Julia Ducournau


 Titre à double sens,  "Titane" n'est pas seulement la plaque de titane greffée dans le cerveau d'Alexia après une accident de la route, mais aussi le féminin de "titan", qui la déclare héroïne hors norme dans un temps( futur?) où les regards, et donc les comportements, sur le genre auront changé. 

Après le choc "Grave", Julia Ducournau devait, pour son deuxième film, frapper fort et surtout confirmer l'attente qu'elle avait créée. La présentation en sélection officielle à Cannes lui apporte un sacré coup de projo, une presse partagée et donc un buzz qui devrait lui assurer un bon petit succès. La vision de "Titane" laisse toutefois un petit goût de film moins abouti que son précédent, sans doute dû à un trop plein d'ambitions. 

Aucun doute sur la mise en scène qui confirme un réel univers, avec une mise en images impressionnante, une bande son au diapason, une direction d'acteurs au cordeau, un travail énorme sur les éclairages, tantôt froids et métalliques, tantôt adoucis par des roses ou des mauves, mais souvent crépusculairement modernes. Aucun doute non plus sur l'envie de la réalisatrice de donner son sentiment sur le féminisme, le genre, l'amour, les corps, la déshumanisation d'une société envahie de machine ( ici surtout des voitures), le film regorge de plans signifiants et d'un sous-texte extrêmement dense qui permet à tout un chacun d'y puiser de quoi réfléchir, fantasmer, éructer, ressentir. Le petit hiatus vient justement de ce trop plein que le scénario ne peut endiguer sans quelques facilités ou ficelles qui nuisent à rendre son propos vraiment enthousiasmant ( sans rien dévoiler, les scènes de bandage, entre autres, sont un peu dures à avaler). Heureusement, cela est en partie compensé par les directions originales que prend souvent le récit ( notamment les deux scènes avec danses), par l'interprétation étonnante et qui plus est quasi muette d' Agathe Rousselle et surtout par cette rage de la réalisatrice à empoigner un sujet qui explose le cinéma de genre dans lequel on veut trop facilement la ranger. 

D'ailleurs, passé une première demi-heure assez violente faut le reconnaître, histoire sans doute de rester dans l'imagerie film gore, mais mâtinée d'un mix référentiel mêlant John Carpenter ( "Christine"), David Cronenberg ("Crash") et Quentin Tarantino ( " Kill Bill"), le film prend une tonalité vraiment différente, plus psychologique tout en gardant quand même un climat de violence latent. C'est là que se déploie toute cette charge politique autour des corps, de leur image et de leur devenir avec une conclusion qui renvoie   évidemment à un chef d'oeuvre du genre ( que je ne citerai pas pour ne rien divulgacher, mais oeuvre d'un roman d'abord et surtout d'un réalisateur aujourd'hui fort controversé) dans une version, une vision  bien plus (im)pertinente voire dérangeante.   Et c'est cette fin qui finit par faire basculer le film dans ce qu'il a de fort et d'original. 

Peut être moins bien troussé que "Grave" mais dans une même logique et intelligence quant à la vision qu'elle veut donner des hommes et des femmes et de leurs corps, Julia Ducournau, dans une surenchère de motifs confirme qu'elle est une grande réalisatrice. Nul doute que "Titane" dérangera, agacera, bouleversera et fera débat. C'est tant mieux,  c'est ainsi que vivra le cinéma !

PS ( du 17 juillet 2021) : "Titane" vient d'obtenir la palme d'or à Cannes et ce n'est que justice. Le jury couronne une cinéaste qui déroule une pensée affirmée et un cinéma pensé, habité. Sa proposition , sans doute la plus radicale de ce festival ( avec celle de Apichatpong Weerasethakul, mais déjà palmé) mérite amplement cette récompense même si, comme le soulignait la réalisatrice très émue, son film n'est sans doute pas parfait. On peut considérer son film, malgré une imagerie inspirée du cinéma gore et une mise en scène détonante,  comme un manifeste imparable pour une plus grande fluidité entre genres humains. Un seul mot : BRAVO ! ( et ravi pour elle). 



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