jeudi 6 octobre 2022

Les corps solides de Joseph Incardona


 On pourrait très vite abandonner la lecture de ce roman tant la première partie ressemble à un rude mélo cherchant à apitoyer le lecteur. Anna l'héroïne, dès les premières pages, en plus d'être veuve, de vivre de peu dans un mobil-home avec un fils au bord de l'adolescence, perd son seul outil de travail, un vieux camion rôtisserie qu'elle gare dans les marchés du coin. La poisse donc, qui, au fil des chapitres sera complétée par une avalanche de nouveaux problèmes qui la laisseront au bord de la précarité. On peut pleurnicher mais l'effet de trop plein pourrait avoir l'effet inverse... s'il n'y avait des personnages extérieurs très importants pour la marche du pays ( présidente de la République, industriels, dirigeants de télévision) qui ne venaient troubler ce tableau mélodramatique avec l'élaboration d'un jeu de télé-réalité dans lequel, notre Anna finira par participer. Mine de rien, Joseph Incardona a mis le lecteur en condition pour aborder une seconde partie qui sera éprouvante pour tout le monde.
Vous l'aurez deviné, le jeu sera le centre de la deuxième moitié du livre. Il s'agit pour 20 candidats de rester le dernier à garder sa main sur la carrosserie d'une voiture de luxe pour la gagner. C'est cynique comme l'est toute une grande partie des programmes télévisuels qui font commerce d'un voyeurisme mercantile abject et débilitant. L'auteur ne se gêne évidemment pas pour brosser un tableau implacable cette réalité quasi quotidienne de nos jours. 
On pourrait rétorquer que le sujet, tant en littérature et surtout au cinéma, n'est pas nouveau, surtout depuis "On n'achève bien les chevaux", mais l'habile Joseph Incardona, a su nous mettre en empathie avec son héroïne et distille un immense suspens qui nous fait tourner chaque page avec la peur qu'Anna ne lâche son bout de carrosserie. Les seules respirations sont les brefs moments passés chez les puissants organisateurs du jeu ( à l'exploitation un peu décevante dans cette deuxième partie). On s'accroche aux pages comme si elles étaient un bout de ferraille automobile et on les tourne avec la même hésitation fébrile que Léo, le fils de l'héroïne, s'essayant à vaincre les vagues de l'océan sur sa planche de surf. 
"Les corps solides" bouillonnant roman qui brasse avec brio, politique, phénomènes sociétaux, suspens et  émotions, à l'écriture simple mais rudement efficace, prouve après "La soustraction des possibles" que Joseph Incardona confirme qu'il se place parmi nos meilleurs raconteurs d'histoires du moment. 

1 commentaire:

  1. Bonjour Pierre, décidément, il faudrait que je découvre cet écrivain. Je n'ai lu du bien à son sujet. Je note déjà La soustraction des possibles (paru en poche). Bonne journée.

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