mardi 20 avril 2021

The Nightingale de Jennifer Kent


 Sortir un film directement en VOD, n'est pas chose facile, passant directement dans la case série B voire Z pour bon nombre de spectateurs. Pandémie oblige, ce repli vers une projection uniquement domestique sacrifie bon nombre de films remarqués dans des festivals. Ce fut le cas pour, notamment, The Nest de Sean Durkin ( grand prix à Deauville) ou Possessor de Brandon Cronenberg ( Grand prix à Gérardmer), et même si ces deux là n'étaient guère des chefs d'oeuvre, attendre une future sortie en salle au milieu d'une quantité incroyable de films plus alléchants, auraient de toutes les manières fait connaître le goût de l'échec cuisant. 

Pour "The Nightingale", on met en avant une affiche un peu trompeuse, laissant présager un film un poil épique, à grand spectacle, avec des combats peut être guerriers ( nous en sommes loin) puis on essaie d'appâter le chaland en mettant en avant la réception un peu houleuse qu'il a reçu lors de différents festivals ( insultes à Venise, spectateurs de  Sidney ou Sundance, sortant avant la fin, épouvantés par la violence de l'histoire). C'est de bonne guerre, pas forcément faux pour la violence, mais ce n'est pas Salo de Pasolini non plus. 
En fait, Jennifer Kent joue sur plusieurs tableaux. Son film, sur toile de fond historique, englobe des thématiques actuelles comme le féminisme ou le racisme,  tout en y glissant pour le spectateur exigeant une réflexion sur la violence. 
Clare, l'héroïne, cumule les malchances dans ce 19ème australien. Venue d'Irlande pour purger une peine ( que l'on ne connaîtra pas, mais avec les moeurs de l'époque, on l'imagine assez bénigne), en plus d'être femme, ou parce qu'elle est femme, sera l'esclave sexuelle d'un officier de l'armée qui la viole régulièrement. L'affaire tourne mal, et après un énième viol, l'officier tuera le mari qu'elle s'est finalement trouvée ainsi que l'enfant fruit de leur union. Clare n'aura plus qu'une seule soif : venger ces morts. Le film prend toutefois ce genre ( rape and revenge ) assez codifié à revers. En adjoignant à l'héroïne pour traverser une Tasmanie peu amène un autre paria de cette société australienne, un aborigène, le film rajoute une dimension anticolonialiste très forte. Filmé simplement, faisant de cette forêt tasmanienne un autre vrai personnage, "The Nightingale" déroule ses péripéties avec force et talent. Réaliste jusqu'au naturalisme de certaines scènes assez violentes mais jamais voyeuses, juste dérangeantes ( et peut être plus pour certains spectateurs masculins car filmées par une femme et toujours du point de vue de l'héroïne), le film méritait bien son prix spécial du jury de Venise ( en 2018). On appréciera la force symbolique qui balaie ces 2h16, cette lente progression des personnages qui voient leurs différences les rapprocher et en faire une véritable bombe politique. 
Si tous les films de revanche avaient cette ampleur et ce regard, il est certain que le cinéma aurait une autre portée. Comme le déclare Martin Scorcese, avec justesse, "The Nightingale"  ne laissera personne indifférent. Alors, pour une fois, on peut penser que la VOD permet quand même de sauver quelques oeuvres... 



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